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jeudi 22 avril 2021

Casablanca sous l’œil bienveillant de caméras et de drones



Casablanca qui est de plus en plus bardée de caméras fixes de vidéosurveillance, devrait encore se structurer d’une autre ingénierie, nous-dit-on. Jugées insuffisantes ou à compléter par d’autres technologies à des fins de surveillance, l’option d’utilisation de drones équipés de caméras devient de plus en plus une réalité.

Il serait même question d’un projet d’un demi-milliard de dirhams dont la moitié serait déboursée par le ministère de l’Intérieur. A ce qu’il paraît, un appel d’offres – non-public – aurait été lancé par Casa Transports en février dernier, pour une ouverture de plis prévue le 18 mai prochain et une désignation du prestataire un mois plus tard en juin.

Déjà, on se bouscule au portillon et en plus de cabinets d’ingénieurs français, les Chinois de Huawei et Hikvision, il y aurait AB Protection une société marocaine de systèmes de sécurité (caméra de surveillance, intrusion, incendie…). Voilà pour le scénario planté. Sur le terrain, on s’attellerait donc à multiplier les caméras de vidéosurveillance en installant des caméras à reconnaissance faciale pour surveiller les rues et artères du “Grand Casablanca ». Le ciel bidaoui sera ainsi ouvert à des objets volants, bien identifiés en tant que drones, afin de renforcer la surveillance de la capitale économique du Royaume et certains quartiers des plus sensibles, histoire de préserver la tranquillité de cette métropole . Ce dispositif, aussi colossal et des plus modernes soit-il, suscite déjà la polémique. Pour l’heure, Casablanca qui emboîte le pas à Marrakech devrait équiper 577 sites de caméras (1 à 4) et 200 carrefours et devrait utiliser 253 kilomètres de fibre optique et toute la structure ou l’infrastructure qu’entraînera la surveillance via l’intelligence artificielle.

Casa ratissera large avec un réseau qui ira de Dar Bouazza à Bouskoura en passant par Mediouna jusqu’à Mohammedia et bien sûr le centre historique. Il semblerait que rien n’échappera à ces yeux high-tech “new generation“ à venir, puisque la corniche, l’esplanade de la mosquée Hassan II, les lignes de Trams, les réseaux BHNS les tunnels de la capitale économique (La Résistance, les Almohades…) bref tous les coins et recoins des districts de la métropole seront couverts par ce système de surveillance des plus sophistiqués. Bien heureux le prestataire “tiré“ qui aura à charge de s’occuper de l’installation. Près de 500 sites dépendront de l’autorité de la DGSN tandis que le restant situé généralement en périphérie répondront à la Gendarmerie Royale.

Cela étant, les drones et tout autre matériel incorporant le système de reconnaissance faciale à grande échelle seront dédiés à la sécurité des infrastructures routières , aux bâtiments mais pas iniquement, puisqu’il devrait aider à contrôler et limiter la délinquance, à identifier des recherchés, ou en cette crise sanitaire de pandémie Covid-19 de détecter les contrevenants ne respectant pas le port du masque ou autre mesure de distanciation sociale. Pour ce qui est de l’utilisation des drones, il ne fait aucun doute que les ressources de surveillance humaines pourraient fortement gagner en efficacité notamment pour les opérations de levée de doute dans des sites étendus, difficilement accessibles ou lors de manifestations.

Ce nouvel outil de surveillance sera voué à remplir le vide (rotation à 360°, angle mort et immobilité…) laissé par les caméras de surveillance et l’humain qui ne peut être constamment opérationnel dans sa mission de contrôle. De l’intérieur ou de l’extérieur, ils pourraient permettre une surveillance 24h sur 24, et investir tous les lieux publics ou privés, répertoriant faits et gestes en permanence, et décider si de potentiels dangers existent. Tant que cela ne dérive pas vers autre chose que la sécurité, l’on ne peut être que preneurs! 

mardi 8 août 2017

Rabat: des gendarmes sanctionnés pour avoir saboté des caméras de surveillance



Des dizaines de gendarmes ont récemment été sanctionnés pour avoir intentionnellement mis hors service des caméras de surveillance mises en place pour lutter contre la corruption, rapporte Assabah dans son édition du week-end.
L’Etat-Major de la gendarmerie royale de Rabat a dernièrement décidé d’infliger des sanctions administratives et disciplinaires à l’encontre de dizaines de gendarmes.
Une enquête a révélé que ces derniers ont intentionnellement mis hors service des caméras de surveillance mises en place pour lutter contre la corruption dans la gendarmerie, rapporte Assabah dans son édition du week-end 5 et 6 août.
Citant des sources bien informées, le quotidien indique que ces gendarmes ont été épinglés à l’issue d’un audit effectué par une commission relevant de l’Etat-Major de la gendarmerie royale.
Cette mission avait pour but d’évaluer l’utilisation de petites caméras installées sur les poitrines des éléments de la brigade des motards afin d’enregistrer leurs interventions et moraliser ainsi le service de la gendarmerie.
Ladite commission qui a été déployée sur instructions du général Hosni Benslimane a ainsi pris au dépourvu des dizaines de brigades après avoir exigé de leurs responsables d’accéder aux enregistrements des caméras et connaitre la durée de leur utilisation.
Il s’avérera ainsi que ces appareils n’ont jamais été exploités depuis près d’une année et qu’ils ont même été intentionnellement mis hors service.
Face à ce constat, les commandements régionaux de la gendarmerie royale ont réagi à leur tour pour s’assurer que les gendarmes utilisent bel et bien les caméras mises en place sur leur poitrine et éviter des sanctions.

vendredi 22 août 2014

Bientôt des caméras sur les policiers : qui surveillera qui ?


A partir du mois d’octobre, des caméras fleuriront à la boutonnière des policiers en patrouille. Le ministère de l’Intérieur veut acquérir 4 500 « mini-caméras » (250 grammes) en cinq ans pour équiper les forces de l’ordre auprès du distributeur français Exavision (lire encadré).
Exavision
La société Exavision, implantée à Milhaud (Gard), depuis les années 90, travaille sur « la vision de l’extrême » : caméras utilisées pour l’inspection de centrales nucléaires, dispositifs de prélèvement sous-marin de plancton, protection des ports, contrat avec la police scientifique, etc.
« Outre la police nationale, Exavision compte parmi ses clients les armées française et allemande, la Guardia civil espagnole, la gendarmerie royale du Maroc, des firmes internationales telles qu’Areva, Thalès, Sagem ou encore Nexter systems », écrit le Midi Libre.
Chacune d’entre elles doit coûter 750 euros – un prix de gros – soit une facture finale à 3,4 millions d’euros.
Cette mesure fait l’objet d’une expérimentation depuis mai 2013, dans une cinquantaine de « zones de sécurité prioritaire ». En région lyonnaise, à Nîmes, Montpellier, Béziers entre autres, certains fonctionnaires se baladent avec ce matériel pour en tirer un premier bilan.
Nicolas Sarkozy avait déjà lancé l’idée en 2009. A l’époque, les policiers se montraient réticents à l’idée d’être ainsi fliqués. Ils y voyaient une volonté de stigmatiser leur comportement.
Ils ont changé d’avis et réclament désormais la généralisation de cette idée. Sur France Inter, le syndicaliste policier Nicolas Comte (SGP-FO) parle d’un « retour positif » :
« Ce dispositif a tendance à calmer les individus. Ça fait retomber l’agressivité. »
A Toulouse, en 2013, un policier équipé d’une caméra (FRED SCHEIBER/20 MINUTES/SIPA)

La commissaire Edith Minier, chargée de ce dispositif à la direction générale de la police nationale, assure au Figaro que « ce nouvel accessoire n’a pas une seule fois été perçu comme une provocation ». Il a suscité trois réactions :
« Les gens comprennent l’intérêt de cet équipement, d’autres qui allaient s’emporter ont vite baissé d’un ton à la vue de l’appareil. D’autres encore se sont brusquement retournés pour cacher leur visage. »

Quand le policier appuie sur « Rec »

Précision importante, qui explique cette satisfaction générale : c’est le policier lui-même qui déclenche l’enregistrement (image et son) s’il l’estime nécessaire. Grâce à la mémoire vive de l’appareil, les trente secondes précédentes sont récupérées d’office, ce qui peut permettre de retrouver le début d’une altercation.
Les syndicats se félicitent que les policiers restent décisionnaires et conservent une certaine autonomie sur le terrain. Cela souligne pourtant l’un des paradoxes du dispositif. Tout le monde lui accorde des vertus, mais pas pour les mêmes raisons.
  • Le public envisage la caméra comme un moyen d’éviter les « bavures policières » et les « contrôles au faciès » en documentant l’activité des forces de l’ordre. Sachant qu’elle ne filme pas en continu, il y a peu de chances que ce soit le cas ;
  • les policiers espèrent se prémunir contre des violences ou une contestation ultérieure. Certains policiers y voient même une juste revanche, puisque de plus en plus de citoyens filment leurs interventions, partant du principe qu’une parfaite symétrie est requise ;
  • le ministre de l’Intérieur y voit un outil de « rapprochement » entre la police et la population ;
Sur la voie publique, rien ne s’oppose à ce que les policiers filment. Dans des lieux privés (centres commerciaux ou domiciles), le cadre légal est flou.

Comme en Californie ?

Dans d’autres pays, la caméra fixée sur l’uniforme est déjà utilisée. Parmi les expériences relatées par la presse, on retrouve souvent les réticences initiales des fonctionnaires, la technologie des « trente secondes de mémoire tampon » et le déclenchement de l’enregistrement à l’initiative du policier-vidéosuveillant. Notamment aux Etats-Unis, où plusieurs villes de Californie s’y sont mises.
A Rialto (une ville de 100 000 habitants en Californie), les policiers étaient aussi méfiants qu’en France. Ils ont été encouragés à déclencher leur caméra « dès qu’ils entraient en contact avec un citoyen ». Le dispositif a été évalué rapidement, raconte le New York Times :
« Les résultats sur les douze premiers mois sont frappants. Même si seule une moitié des 54 policiers en tenue ont porté une caméra, le service a connu une chute de 88% des plaintes contre des policiers comparé à l’année précédente : 3 contre 24.
L’usage de la force chez les policiers de Rialto a diminué de presque 60% – 35 fois contre 61. Ceux qui ne portaient pas de caméra l’ont fait deux fois plus que les autres. »
Le chef de la police assure que les policiers ayant fait usage de la force ont filmé l’incident qui les y a conduit, sans « sélectionner » ce qu’ils enregistrent ou non. Rialto est devenu l’exemple préféré des partisans des caméras embarquées sur les uniformes.

Un bilan plutôt positif

Dans un autre article, le New York Times tire un bilan plutôt positif des diverses expériences américaines, malgré leur coût financier souvent élevé :
« Des responsables policiers d’Oakland à Greensboro [Caroline du Nord] ont tous vanté la résolution rapide des affaires impliquant des policiers, l’un des principaux avantages des caméras.
Dans certains cas, les citoyens viennent au commissariat pour déposer plainte et y renoncent quand on leur montre la vidéo de l’incident. Dans d’autres, moins fréquents d’après ces responsables, les accusations de mauvaise conduite sont corroborées par les vidéos. »
A San Diego (Californie) les caméras ont été mises en place cette année. Elles visent notamment à prévenir des comportements qui ont entaché ces dernières années la réputation de la police locale : profilage racial et harcèlement sexuel.
L’objectif initial dans ce cas est de rassurer sur la capacité de la police à s’amender et à s’autoréguler, même si comme ailleurs, la vidéo servira aussi dans les procédures.

Après Ferguson, le débat refait surface

L’Association américaine pour les droits civiques, l’Aclu, s’oppose à la vidéosurveillance, qu’elle assimile à un système de surveillance de masse. Mais elle se prononce en faveur des caméras sur les uniformes de la police.
A ses yeux c’est du gagnant-gagnant : le dispositif protège à la fois les citoyens des abus et les policiers des plaintes mensongères. L’association met toutefois en garde contre plusieurs écueils, de possibles fuites dans les médias au risque de conservation excessive des enregistrements.
Après la mort de Michael Brown à Ferguson, le débat sur les caméras embarquées refait d’ailleurs surface. Comme le souligne Vox, « sans caméra, le public doit se contenter des versions contradictoires de la police et des témoins sur ce qui s’est exactement passé ».
« La police affirme que Brown a physiquement agressé Wilson et tenté d’attraper l’arme du policier avant les coups de feu, tandis que les témoins disent que Brown n’a pas attaqué le policier et avait décidé de se rendre avant d’être tué. »
Les émeutes de 2011 en Angleterre, suite à la mort de Mark Duggan, ont quant à elles entraîné une expérimentation des caméras dans la police londonienne.

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