Ce mois de juillet a vu émerger sur la toile, plusieurs cas de braconnage de gazelles qui ont eu lieu au Maroc: des individus originaires du golfe qui chassent des gazelles sans se priver de tout filmer en vidéo et des élus locaux qui font la même chose et qui n’hésitent pas à prendre la pose en photo…
C’est des images qui ont dégoûté
des milliers de personnes. Une gazelle de cuvier à bout de souffle, la
patte cassée, qui tente de prendre la fuite face à plusieurs individus
dont certains sont à bord d’un véhicule 4×4. La gazelle en ultime
effort, essaye de se cacher sous la voiture, avant de se faire attraper
et se faire tirer par les pattes. Les individus sont visiblement
originaires d’un pays du golfe, et la scène se déroule quelque part dans
le territoire marocain.
Partagée sur les réseaux sociaux, la vidéo a suscité des centaines de
commentaires d’internautes indignés et en colère. Comment se fait-il
que l’on puisse donner à quiconque le droit de faire ça à une gazelle
marocaine ? Où sont les autorités concernées ? Les mêmes questions n’ont
pas cessé de fuser.
La lutte contre le braconnage une affaire de tous
Pourtant, si la gestion de la faune sauvage est une attribution
exclusive aux Eaux et Forêts, la lutte contre le braconnage est en
revanche une affaire de tous. La loi de base qui réglemente la Chasse au
Maroc datant de 1923 et actualisée en 2006 désigne aussi bien les
forestiers que les officiers de la Police judiciaire quand elle aborde
l’attribution de lutte contre le braconnage.
Les agents de l’autorité locale, les gendarmes autant que les
forestiers, sont égaux devant le devoir de lutter contre le braconnage.
Force cependant est de constater que malgré les efforts des uns et des
autres, des cas de destructions acharnées de la faune sauvage menacée
persistent et parfois même, semblent se multiplier.
Des convois-safari invisibles ?
Comment se fait-il que des convois-safaris puissent s’organiser dans
le territoire marocain, et mener au massacre de plusieurs espèces dont
certaines –les gazelles en l’occurrence- sont très rares et menacées
d’extinction? Comment se fait-il, qu’au Maroc où le renseignement et la
prévention de l’utilisation d’armes à feu prohibées sont des domaines
que nos limiers maîtrisent à la perfection, on puisse encore héberger
pareilles activités sans que leurs auteurs ne soient inquiétés ?
Pire. Comment se fait-il que l’on puisse découvrir aujourd’hui en
2017, des cas où c’est des personnes chargées de protéger ce patrimoine
qui se transforment en facilitateurs voire en auteurs de massacres, à
l’instar de ces élus de la région de Dakhla qui fièrement « perpétuent
la tradition » et qui ne s’en cachent même pas ?
Quelle part de responsabilité pour les citoyens ?
Les dénonciations directes de citoyens témoins d’activités suspectes
ou d’actes de braconnage sont très importantes. Si beaucoup des citoyens
ont le reflex responsable de faire leur devoir en informant les
autorités, un grand nombre n’y voient pas d’utilité ou ne le font pas
par crainte de représailles ou simplement par « principe ». Encourager
ouvertement les habitants des zones les plus touchées par le braconnage à
s’allier aux efforts des autorités serait en soit une mesure de
dissuasion pour les braconniers. Dans les zones sahariennes où les
effectifs des forestiers sont parfois insignifiants devant l’immensité
des espaces, la vigilance des populations locales est une aide qui peut
s’avérer très précieuse…
Le dispositif anti-braconnage à revoir
D’après nos informations, les Eaux et Forêts ont notifié le procureur
du Roi à Guelmim afin d’ouvrir une enquête au sujet de la vidéo. Pour
le cas des élus de Dakhla, là aussi le procureur du Roi à été notifié
afin de prendre les dispositions nécessaires et une requête a été envoyé
à la gendarmerie afin d’ouvrir une enquête. C’est encourageant certes,
mais l’expérience nous force hélas à modérer nos espoirs. Pas plus tard
que ce mois de juillet, les Eaux et Forêts avaient arrêté deux
koweitiens et leurs accompagnateurs pour délit de braconnage de
gazelles. Deux jours plus tard, les ressortissants koweitiens ont été
libérés et leurs accompagnateurs maintenus en état d’arrestation…
Il n’est pas ici question d’accuser une quelconque partie mais quand
on constate la multiplication scandaleuse d’actes de braconnage on ne
peut que constater que le dispositif pour la lutte contre le braconnage
semble…défaillant.
Notre patrimoine Naturel gagnerait à le voir renforcer par des
autorités concernées munies de moyens adéquats et qui savent travailler
les unes avec les autres en bonne intelligence, et cela avec l’appui en
aval d’une justice qui affirme son intransigeance avec les contrevenants
qu’ils soient Marocains sans le sou, où étrangers pleins aux as. S’il y
a lieu de donner la chasse à une quelconque espèce, ça serait bien à
celle des « brebis galeuses ».